Captures de flux esthétiques et imagination d’une danse intime. Itinéraire d’un jeune chorégraphe burkinabè
Abstract
Longtemps réputé pour la richesse de ses « danses traditionnelles », le Burkina Faso l’est aujourd’hui tout autant pour le dynamisme de sa « danse africaine contemporaine». En décembre 2006, le premier Centre de Développement Chorégraphique Africain fut inauguré à Ouagadougou et propulsa le Burkina Faso au rang de pays « phare » de ce mouvement artistique autour duquel gravitent de nombreux professionnels, critiques et chorégraphes occidentaux. Style apprécié des programmateurs des grands théâtres français pour sa rupture d’avec les spectacles dits folkloriques, la « danse contemporaine africaine » est prise dans un écheveau de discours, énoncés au Nord, touchant en particulier à l’idée de « culture africaine » et au problème de l’impérialisme occidentale. La sincérité des créations y est questionnée, tout comme le caractère véritablement artistique, c’est-à-dire original, singulier, des propositions chorégraphiques. Ces énoncés, fondés sur l’idée que la création en Afrique serait originellement un acte collectif, répétitif et hors du temps, véhiculent implicitement d’anciens présupposés évolutionnistes en stipulant que l’émergence d’une « danse contemporaine » sur le continent africain n’aurait guère été envisageable sans l’action des institutions et des artistes occidentaux. La réflexion proposée ici souhaite résolument s’écarter de ces débats autocentrés si ce n’est pour y contribuer à l’aune d’une focale différente. Le questionnement sur l’existence (ou non) d’une « danse contemporaine » typique à l’Afrique ou le débat qui consiste à définir ce qu’est, ou devrait être, une « danse africaine contemporaine » n’intéresse l’anthropologue qu’en tant que représentations ou préceptes avec lesquels les artistes burkinabè doivent aujourd’hui composer. Aussi, plutôt que d’analyser ou juger l’œuvre des chorégraphes burkinabè, je