La fabrique de la djiboutienneté: extraversion et identité d'une nation postcoloniale
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Selon Benedict Anderson, les nations sont par essence des “communautés politiques imaginées […] par nature limitées et souveraines”, reposant sur un sentiment d'appartenance à une plus large collectivité humaine (Anderson 1983). L'exemple de Djibouti, dont les stratégies d'extraversion sont sans nul doute “consubstantielles à sa trajectoire historique” (Bayart 1999), nous donne l'opportunité d'évaluer cette idée, afin d'appréhender les facteurs et les processus conduisant à la survie et au renforcement d'une nation postcoloniale.Vendu aux Français en 1862, le Territoire d'Obock a subi plusieurs extensions avant de prendre sa forme définitive à la fin du XIXe siècle. Il n'a connu l'indépendance qu'en 1977, l'une des plus tardives du continent africain. Bien que ses premières décennies d'existence en tant qu'État émancipé ait été troublées par une guerre civile (Schraeder 1993), Djibouti semble avoir durablement transcendé sa dichotomie ethnique, pour rassembler de manière pérenne les populations Afar et Issa sur un même territoire. Inhabituelle dans la région, cette stabilité pose question: comprendre la signification plastique, quoique durable, de l'identité djiboutienne peut offrir une perspective nouvelle sur les transformations socio-politiques contemporaines dans la Corne de l'Afrique. Alors même que la période coloniale, y compris les années ayant conduit à l'indépendance tardive de Djibouti, est un sujet étudié de manière récurrente (Dubois 1997, Imbert-Vier 2011), le processus de réécriture continu de la “djiboutienneté” à l'époque postcoloniale est une problématique négligée. Cette communication interrogera donc l'articulation des stratégies d'extraversion impulsées par le gouvernement depuis 1977, avec le sentiment national et les dynamiques identitaires à l’œuvre au sein de la population. Nourrie de la notion derridéenne de “différance” (Derrida 1967), elle explorera