Langues créoles, diachronie et procédés de reconstruction
Abstract
Au commencement étaient deux mondes, l'Afrique et l'Europe. Puis ces deux mondes se rencontrèrent soudain, au sortir du Moyen Âge, dans le cadre de sociétés généralement esclavagistes où l'homme blanc accultura l'homme noir, où les femmes asservies engendrèrent des enfants métis qui inventèrent des langues, comme eux hybrides : les créoles.<br />On appelle créoles un certain nombre d'idiomes mixtes, formés à partir de plusieurs langues dont les locuteurs ont été amenés à vivre au même endroit ou à se côtoyer intensément. Les langues dites créoles, et en particulier les créoles afro-européens, ne laissent pas d'intriguer les linguistes. Surgies brusquement, en l'espace d'une ou deux générations, mi-africaines et mi-européennes, au contact de deux mondes, le mystère de leur origine se confond en tout ou partie avec celui des origines du langage.<br />La totalité des créoles afro-européens doivent une majorité de leur vocabulaire à une (ou plusieurs) langue européenne, appelée langue lexificatrice ou lexificateur. Ce lexificateur peut être le français, l'anglais, le néerlandais, l'espagnol ou le portugais selon les cas. Or, trop souvent, lorsque des recherches étymologiques sont effectuées sur les langues créoles, on attribue au lexificateur tous les mots créoles qui lui sont apparentés sans se poser davantage de questions. Ainsi si le créole X a le portugais pour lexificateur, la plupart des gens affirmeront tout de go que tout mot d'aspect roman rencontré dans notre créole X provient sans nul doute du portugais. Du portugais, oui, sûrement, mais de quel portugais ? Classique, contemporain ?<br />Lors de l'étude de la formation des langues créoles, on laisse souvent de côté la notion de diachronie. Mais beaucoup de créoles afro-européens ont déjà une histoire qui dépasse parfois le demi-millénaire et un simple coup d'oeil dans un dictionnaire contemporai