Kitawala de Léon Debertry : un échantillon du roman colonial belge
Abstract
L’article fait valoir les enjeux idéologiques d’un roman policier au sein d’un milieu culturel déterminé : l’ancien Congo belge. Le roman de Léon Debertry, intitulé Kitawala, fut écrit et édité en Afrique en 1953 pour les coloniaux. Le code herméneutique qui y est à l’oeuvre utilise l’enquête policière pour soutenir une autre démonstration, à caractère politique, que le paratexte explicite. Cette démonstration veut expliquer le fait divers historique d’une mutinerie à Luluabourg, en 1944, par une fiction qui accuse en définitive Holsten, personnage d’apatride et de négrophile. L’auteur du meurtre apparaît comme la figure de l’agitateur à la solde des intérêts étrangers qui, pour s’emparer du pays, sont censés y répandre un discours anticolonialiste. Le noeud thématique de cette fiction, la secte religieuse du Kitawala, joue à cet égard un rôle central dans la compréhension coloniale de l’Autre, lorsque celui-ci résiste à l’acculturation. (L’article contient aussi quelques remarques introductives concernant la littérature coloniale congolaise).